Château de la Batiaz

Monter pour mieux voir

Les machines de guerre

Lorsqu’il s’agit de guerre, l’homme de tous les temps fit preuve de grande ingéniosité.

Les perfectionnements ont conduit à l'amélioration de la fronde en machine de jet. C’est vers le Xe siècle, lorsque la pierre commença à être préférée au bois pour la construction des remparts entourant les places fortifiées, que les machines de siège firent leur apparition. Les plus importantes mesuraient huit mètres de haut et leur construction requérait un savoir-faire important que seuls quelques ingénieurs maîtrisaient. Plus d’une machine mal conçue se cassèrent au premier tir… Au XVIe siècle, l’arrivée de l’artillerie à poudre et le remplacement du boulet en pierre par des projectiles en fer sonnèrent le glas de cette évolution.

Les machines de siège sont des armes de jet. Elles fonctionnent sur le principe de la fronde, connu depuis très longtemps puisque déjà mentionné dans la Bible. Durant le Moyen Âge, il n'en existe que deux types : des machines perfectionnées, construites en temps de paix avec des pièces de bois sec, et des machines construites rapidement sur place, pendant les hostilités. Ces dernières se révèlent moins performantes par l'utilisation de bois moins préparés.

La machine de siège n'est pas une catapulte. En effet, la technique de propulsion d'une catapulte est un ressort, alors que celle d'une machine de siège est un balancier. Les catapultes, d'origine romaine, fonctionnent comme un arc: la force de propulsion est donnée par un ressort que l'on tend préalablement. Les machines de siège propulsent les projectiles grâce à la force d'un contrepoids qu'un mécanisme permet d'armer.

Voici les six machines présentent actuellement sur le site de la Bâtiaz :

 
Le Couillard ou Biffa

Le Couillard ou Biffa

Dimension au sol : 2,50 x 5m
Hauteur : 4m avec le mât rabaissé
8m 40 avec le mât relevé
Poids total : plus de 3 tonnes
Portée : 180 mètres
Boulets : de 35 à 80 kilos
Servant : 4 à 8
Cadence de tir : 10 coups à l’heure

C'est la machine à contrepoids la plus perfectionnée ! Ses deux huches articulées, dont le poids par huche varie de 1,5 à 3 tonnes, facilitent la manutention en divisant par deux la charge à manier ; la construction s'en trouvait simplifiée.

Les performances de cette machine sont inférieures à celle du trébuchet, mais sa cadence de tir quatre à cinq fois supérieure, avec une équipe très réduite de servants (quatre à cinq hommes), lui a fait pendant longtemps concurrencer l'artillerie à poudre. Sa hauteur maximale est de 8m40 et son poids dépasse trois tonnes. Avec une cadence de dix tirs à l'heure, on imagine aisément les dégâts causés par un engin fonctionnant jour et nuit.

Quant à son étymologie… Napoléon III remarquait déjà qu'un simple coup d'œil sur sa silhouette suffisait à la comprendre.

 
Le Mangonneau à roues de carrier

Le Mangonneau à roues de carrier

(XIIème - XIVème siècle )
Dimension au sol : 4.4 x 4.5 m Hauteur : 8.4 m
Poids total : peut dépasser les 10 tonnes
Portée : 150 m. Boulets : jusqu’à 100 kg.
Servants : 12
Cadence de tir : 2 coups à l'heure

Il s'agit d'un engin d'attaque. C'est une machine de jet en chêne et en châtaignier. Elle nécessite de gros efforts pour rabattre son contrepoids. Pour cette raison, elle est équipée d’un treuil entraîné par deux grandes roues. L’appellation « carrier » vient du fait que ces roues, connues depuis l’antiquité, équipaient notamment les machines usitées dans les carrières de pierres.

Son contrepoids est une grosse huche en chêne remplie de terre, de pierres ou de lingots de plomb. Malheureusement, cette masse finit toujours par se déplacer à l'intérieur de la huche du contrepoids fixe, ce qui provoque des à-coups et des vibrations qui fatiguent rapidement l’engin et nuisent à sa précision.

La poche est couchée dans un auget, sorte de glissière en bois graissée de suif, ce qui permet au projectile de partir dans l’axe du mât. Cet engin est capable de projeter des boulets de 100 kilos à 150 mètres.

 
Le Mangonneau

Le Mangonneau

(XIIe - XIVe siècle)
Servants : 10 à 12
Cadence de tir : 5-6 coups à l'heure
Boulets : 13 kilos.
Portée : 120 mètres

Cette puissante machine de jet était surtout utilisée contre les fortifications pendant les croisades des XIIe et XIIIe siècles. Elle fonctionne grâce à un contrepoids de 500 kg solidaire de la flèche. La huche est remplie, suivant les besoins, de terre, de pierrailles ou de lingots de plomb. La poche est couchée dans un auget, sorte de glissière en bois graissée de suif ce qui permet au projectile de partir dans l'axe de la flèche.

 
La Bricole

La Bricole

(XIIème - XVème siècle)
Dimension au sol : 2.5 x 2.5 m
Hauteur : 8 m
Poids total :
Portée : jusqu’à 50 mètres
Boulets : de 20 à 60 kilos
Servants : 16
Cadence de tir : rapide

De l'italien "bricola", fait sur place. La bricole est un engin défensif à traction humaine, ancêtre du mangonneau, fonctionnant également sur le principe du balancier. Cette machine était servie depuis le haut des remparts, position fort commode pour bombarder à vue les assaillants. Elle est fabriquée en chêne et en métal. Un chroniqueur de l’époque raconte qu’un prisonnier fut « renvoyé dans son camp » à l’aide d’une bricole. Les performances de l’engin dépendent des servants.

 
Le Trébuchet

Le Trébuchet

(XIIème - XVIème siècle )
Dimension au sol : 9.9 x 4.5 m
Hauteur : 16.5 m
Poids total :
Portée : jusqu’à 220 mètres
Boulets : jusqu’à 125 kilos
Servants : 60 à 100
Cadence de tir : 1 à 2 coups à l'heure

Il s'agit également d'un engin d'attaque, utilisé pour détruire les murailles et permettre l'assaut.

Le trébuchet est l'engin le plus puissant de l'époque. Il fonctionne selon le principe du balancier mis en mouvement par un contrepoids mobile très lourd (jusqu'à 18 tonnes) et mobile. Il nécessite une main d’œuvre très spécialisée et très coûteuse pour l’époque. Sa précision est redoutable mais sa cadence de tir est lente. Son nom provient de l'occitan "trebuca", qui apporte les ennuis.

A la simple vue de cette véritable arme de dissuasion, de nombreuses places fortes capitulèrent. Au cours d'essais récents, un boulet de pierre de 56 kilos a été projeté à 212 mètres et plusieurs projectiles ont atteint strictement le même point d'impact.

L'engin présent sur le site est un trébuchet pédagogique: c'est une réplique à l'échelle d’un tiers. Il a été conçu pour être manié par des enfants.

 
La Bombarde

La Bombarde

(XVème siècle)
Dimension au sol : 2 x 2.5m
Mantelets : 2.5 x 2.5m
Boulets de 100 kilos. env.
Poids 1,5 tonnes

L’artillerie à feu, apparue vers le XIIIe siècle, ne sera d’abord que peu utilisée. La médiocrité et le coût de la poudre, la fragilité des assemblages des pièces, l’inefficacité des boulets de pierre se fracassant contre les solides murailles, expliquent cette désaffection. Au XVe siècle, les frères Jean et Gaspard Bureau eurent l’idée de remplacer les boulets de pierre par des boulets de métal. Cette trouvaille transformera l’artillerie en une arme redoutable et sonnera le glas des machines de sièges.